Quand la cuisine inspire la langue …

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Quand la cuisine inspire la langue …

Quail eggs

Mettre du beurre dans les épinards», «marcher sur des œufs», «c’est du pain bénit»…

La langue française est truffée d’expressions culinaires. Comment la table a-t-elle réussi à pimenter la langue française, d’où viennent ces locutions ?

Dans ce dossier, pour changer des recettes de cuisine,

Saveurs vous offre le beurre, l’argent du beurre et l’origine des expressions culinaires. Prenez un besoin physiologique essentiel à la survie de l’homme : manger.

Mélangez-le pendant plusieurs siècles au seul moyen qu’il a de communiquer : la langue. Saupoudrez le tout de quelques grammes de coutumes, de particularismes locaux, de personnalités influentes… Vous obtiendrez alors une «belle brochette» d’expressions culinaires, que l’on emploie tous «à tire-larigot» (en grande quantité.

Littéralement : faire sortir le vin des bouteilles comme on faisait sortir le son de l’instrument. Vient de «tirer», qui signifiait autrefois sortir un liquide de son contenant, et de «larigot», qui désignait une petite flûte). Orlando de Rudder, auteur de «Aux petits oignons ! Cuisine et nourriture dans les expressions de la langue française» (Larousse), nous propose de redécouvrir la saveur des mots et leur influence sur notre langage.

«Ménager la carotte et le bâton» sans «faire chou blanc»

Parmi les ingrédients de base des expressions culinaires se trouvent les légumes. Coïncidence ?

L’expression «être dans les légumes» signifie avoir un poste important ! Mais s’ils occupent une place de choix, les primeurs ont souvent une connotation fataliste.

Quand «les carottes sont cuites», c’est que tout est perdu… Autrefois, la carotte était considérée comme un aliment pauvre, elle évoque donc un état sans espoir, où plus rien n’est possible. Il en va de même pour «la fin des haricots», employé quand il n’y a plus rien à espérer. Cette expression remonterait à la première guerre mondiale et aux poilus privés de nourriture lorsque leurs rares boîtes de haricots étaient vides. Les légumes sont aussi très présents dans le jargon policier.

Nous connaissons tous les bœufs-carottes, inspecteurs de police réputés pour cuisiner (interroger) leurs suspects dans leurs paniers à salade (véhicules), pour qu’ils se mettent à table (avouent)… Mais, même en maniant le plus habilement du monde « la carotte et le bâton » (alterner la violence et la douceur pour parvenir à ses fins, se faire obéir), il peut arriver aux enquêteurs de faire… « Chou blanc ». « Faire chou blanc » proviendrait d’un jeu de quilles très en vogue dans le Berry du XVIe siècle. Si aucune quille ne tombait, le joueur faisait un « coup blanc ». Et comme, en berrichon, le « c » se prononce « ch »

 

Impossible de «faire son beurre» en «tuant la poule aux œufs d’or»

Pour donner plus de goût à la langue française : ajoutez-y une noisette de beurre. Ayant supplanté l’huile dans la cuisine des gens aisés, le beurre est donc réservé à ceux qui font d’importants profits (faire son beurre), ou qui ont su améliorer leurs conditions de vie en gagnant plus d’argent (mettre du beurre dans les épinards).

Bref, il reste l’apanage des riches ou de ceux qui ont réussi à ne pas « tuer la poule aux œufs d’or »… Mais, quels sont ces «œufs d’or» ? S’agit-il de ceux qu’il ne faut pas tous «mettre dans le même panier» quand on souhaite répartir les risques au maximum ? Ou bien de ceux sur lesquels il faut marcher quand on veut agir avec défiance et circonspection ?

Peut-être est-ce ceux que les paresseux avaient au bout des bras au Moyen-âge («avoir des œufs au bout des bras» désignait alors les fainéants) ? Non. Cette expression, qui trouve son origine dans une fable de La Fontaine, veut dire qu’il faut faire attention à ne pas abuser d’une source de profits prometteurs, car elle peut se tarir définitivement.

Si tu es trop «soupe au lait», je te donne «le bouillon d’onze heures»

Passons aux aliments cuisinés. Éternelle revendication du peuple, le pain a laissé bien des traces dans la langue française, comme l’expression « long comme un jour sans pain », utilisée dès le XVIIe siècle. Au XIIIe siècle, « avoir son pain cuit » s’emploie pour signifier qu’on est à l’abri du besoin et « c’est du pain bénit », locution du XIXe siècle, signifie que quelque chose est bien mérité.

Autre plat historique, la soupe à, elle aussi, inspiré beaucoup d’expressions. Quelqu’un qui s’emporte facilement est encore aujourd’hui qualifié de « soupe au lait ». Cela vient de la très délicate recette de la soupe au lait qui pouvait déborder à tout moment. « Trempé comme une soupe » se dit d’une personne complètement mouillée.

Autrefois, la soupe était la tranche de pain qu’on trempait dans le bouillon et qui en ressortait forcément… trempée. En parlant de bouillon, connaissez-vous l’origine du « bouillon d’onze heures » ? Ce breuvage empoisonné avance d’une heure l’heure supposée de la mort, qui doit normalement arriver à minuit.

« Ne pas y aller avec le dos de la cuiller », juste « en deux coups de cuiller à pot »

En matière d’expressions culinaires, les ustensiles et récipients de cuisine ne sont pas en reste. Régler une affaire « en deux coups de cuiller à pot » (très vite) trouve son origine dans ladite cuiller à pot, sorte de grosse louche qui permettait de vider rapidement et efficacement un pot.

Cuiller encore avec le célèbre « ne pas y aller avec le dos de la cuiller », qui signifie agir sans précaution, sans modération. Cuiller toujours avec l’expression être « à ramasser à la petite cuiller » qui veut dire être complètement lessivé, en bouillie, en compote… Toujours dans le champ lexical de la table, il y la carafe. « Rester en carafe » trouve son origine dans le sens argotique du mot carafe, c’est à dire « bouche ».

A l’origine, cette expression se disait d’une personne qui restait bouche bée. Le repas touche à sa fin, voici venue l’heure de la vaisselle. Pour vous donner plus d’entrain à la tâche voici l’explication de l’expression « c’est de l’eau de vaisselle ». Autrefois utilisée pour décrire un mauvais potage, une sauce trop claire, elle désigne en argot quelque chose de peu de valeur, de mauvaise qualité. Nous espérons que ces bonnes recettes de la langue française vous raviront.

 

 



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